Faisons connaissance! En effet je réalise que je ne me suis pas présentée. J'ai 51 ans, je suis du signe du poisson avec un ascendant en sagittaire. Je mesure 1m81 pour 74 kilos, divorcé et papa d'un garçon magnifique de 19 ans. Je suis ingénieur de formation et j'ai exercée mes dernières fonctions comme directeur de filiales commerciales. Pour me permettre d'assumer ma différence, j'ai quitté cet univers, qui m'a beaucoup apporté sur le plan humain, pour m'orienter vers une nouvelle voie, les arts plastiques. J'aurais aimé intégrer les Beaux-arts étant jeune mais, selon mes profs et mon entourage, trop douée en math pour aller me perdre dans un univers de créatifs farfelus!!! Sans Fabienne, ma future épouse, il ne m'aurait pas été possible de faire ce choix car il est évident que l'art ne nourrit pas l'artiste avant un certain temps. Je suis consciente de la chance que j'ai, aujourd'hui, de pouvoir choisir ma vie
Le second sujet de cet article est mon traitement hormonal. Pourquoi aborder ce sujet, c'est assez personnel? Parce que je souhaite faire partager mon expérience, avec celles ou ceux, qui s'interrogent encore sur leur identité de genre. Je sais que le choix n'est pas facile car il y a souvent l'épouse, les enfants et le travail. Je connais ce sentiment d'être pris en otage malgré soi pour ne pas faire souffrir ses proches. La seconde raison est que je suis convaincu, que l'on a peur de ce que l'on ne connaît pas. Et là, je m'adresse à "Madame et Monsieur tout le monde" qui découvrent l'univers des transgenres au travers de notre site et qui souhaiteraient apprendre à mieux connaître notre différence sans nous prendre pour des "fadas", comme j'ai déjà eu l'occasion de le lire.
Je tiens cependant à préciser qu'en aucune manière, je ne considère mon cas comme une généralité. Les réactions au traitement peuvent être très différentes en fonction des individus.
J'ai commencé mon traitement hormonal à 41 ans, le but étant d'harmoniser le corps et l'esprit. J'ai commencé par la prise d'œstrogènes et de progestérone, comme une femme le fait à la ménopause. Les premières évolutions ont été avant tout d'ordre psychique. L'agressivité a diminué au fur et à mesure que le taux de testostérone baissait. Les oestrogènes ne sont pas moins dynamiques que la testostérone, sans quoi cela reviendrait à dire qu'une femme est moins active qu'un homme, ce qui est une véritable absurdité. La poitrine est ensuite apparue et n'a atteint sa taille définitive que 3 ou 4 ans plus tard. J'ai eu la chance d'avoir dans ma famille des femmes avec une poitrine de taille normale ce qui m'a permis un développement intéressant, 95B pour les connaisseuses... sourire… Les poils disgracieux du dos et du bas-ventre ont disparu mais les autres sont restés bien accrochés à leur territoire. Aussi, comme vous Mesdames, il m'est nécessaire de me faire épiler les jambes, les aisselles et le maillot, et cela depuis 30 ans. Pour la barbe, c'est le dermatologue qui en est arrivée à bout grâce au laser . Une précision, les premières épilations sont d'autant plus douloureuses que les poils sont drus et foncés. Il est nécessaire de ne pas être bronzée et la douleur est comparable à la mise d'agrafes pour certaines, ou à des élastiques tendus lâchés sur le visage pour d'autres. Je partage la seconde description et je précise que, selon mon dermatologue, le résultat de l'épilation en est d'autant meilleur que le patient est sous traitement hormonal. Je poursuis… Au fil du traitement, la peau est devenue plus douce, plus fine et quelques masses graisseuses se sont déplacées. J'ai gardé toute ma force d'homme même si mes muscles se sont affinés. La maçonne en est la preuve par l'image…
Sur le plan émotionnel, comme le dit si bien mon endocrinologue, je suis dans le même état qu'une femme enceinte, et cela fait 10 ans que cela dure! J'ai des sautes d'humeur, des phases de petite dépression, des envies etc… Des varicosités sont apparues sur les jambes. A cela se rajoute, l'andropause, l'équivalent de la ménopause chez les femmes, c'est-à-dire la chute du taux de testostérone provoquant également les mêmes symptômes: les bouffées de chaleur!!! Pas génial! Il me faudra suivre ce traitement jusqu'à la fin de ma vie. Il est nécessaire d'avoir une bonne hygiène de vie pour éviter la prise de poids, les maladies cardio-vasculaires et le cancer du sein. A cet effet, il m'est indispensable de faire une mammographie environ tous les deux ans, instant que je partage avec Fabienne. Se rajoute également, une augmentation de ma frilosité naturelle mais qui me permet de courir un semi-marathon sous 40° à l'ombre! Sans doute que tout ceci peut vous paraître dément, risqué ou injustifié pourtant c'est le prix que je suis prêt à payer pour pouvoir vivre ma vie telle que je me sens et j'en suis heureuse. Etre transgenre n'est pas une maladie même si la psychiatrie moderne veut nous faire croire le contraire alors qu'en fait, elle ne sait pas grand-chose de nous. Elle raisonne en binaire sur des êtres qui ne le sont pas.
Et le sexe? C'est "LA" question qui vient à l'esprit de nombre de personnes avec qui je dialogue. Eh bien merci! Cela va très bien de ce côté-là. Bien entendu la libido est différente de celle d'un "mâle", pur et dur (je n'ai rien contre eux!), mais elle est étonnante car elle s'accompagne d'une plénitude de l'esprit et des sens. Vous comprendrez que la suite n'appartient qu'à Fabienne et à moi. Je suis cependant prête à en discuter avec toute personne confrontée à ce choix cornélien du transgenre: Vivre emprisonnée dans une vie qui n'est pas la sienne ou vivre une vie sociale et amoureuse, rendue plus difficile ou différente par sa nouvelle identité. Pour ma part, j'ai eu le bonheur de partager des amours merveilleuses avec un certain nombre de femmes, belles et brillantes, mais ma différence m'a toujours poussé à reprendre ma route car comment rester avec quelqu'un qui ne peut vous aimer à 100%. Je les ai toutes aimées et je les garde précieusement au fond de mon coeur. Il m'aura fallu attendre Fabienne pour être acceptée pour ce que je suis et non pour ce que les autres aimeraient que je sois.
Faire basculer un corps masculin dans un état hormonal totalement féminin n'est pas une chose anodine. C'est un bouleversement prodigieux qu'il faut avoir préparé en s'assurant, du mieux possible, d'avoir pris la bonne décision. Aussi, je pense qu'il est nécessaire de passer par un(e) endocrinologue et un(e) psychiatre. Il faut cependant très bien les choisir et ne pas hésiter à en essayer plusieurs jusqu'à ce que "le courant passe"
Voilà, j'espère que ces explications vous auront intéressés et éclairés. Je pense que se sentir bien dans sa peau est essentiel dans une vie car dès lors, les frustrations de toutes sortes se dissipent et nous permettent d'aller naturellement vers les autres sans être aigris ou jaloux.