Il est une période durant mon parcours où j'aurais souhaité pouvoir rencontrer d'autres transgenres, novices ou aguerris, afin de partager mes angoisses et mes espoirs. Il existait, et il existe encore, nombre d'associations de soutien mais aucune n'était en mesure de m'apporter un moment intimiste. Seule proposition, un passage direct du placard rassurant au grand jour gastronomique. Là, les anciennes conversaient entre elles, sans se préoccuper de moi et de ma timidité qui me tétanisait face au regard des clients des tables voisines. Ces souvenirs toujours très présents ont abouti à une longue réflexion. Nous souhaitions trouver un moyen de créer un lieu de rencontre pour les personnes transgenres pas encore suffisamment armées pour affronter le regard des autres en public mais souhaitant tout de même aller à la rencontre d'autres histoires identiques. De cette longue réflexion est née l'idée de vous présenter les "Vendredis de l'entre-deux".
Cette soirée mensuelle se déroulera autour d'un dîner dans notre humble demeure pour offrir aux participantes un lieu protégé, loin des regards. Il est évident qu'il nous est nécessaire de mettre en place quelques règles pour nous permettre de protéger notre vie privée ainsi que celles des invitées.
Notre expérience personnelle nous permettra d'accueillir uniquement les hommes en réflexion vers une identité féminine, isolés ou en couple. Cette invitation ne pourra avoir lieue qu'après un certain échange de mails et d'une photo afin de vérifier les "intentions" de la personne. Nous nous réservons ainsi le droit de refuser une demande d'invitation. Le nombre de places sera limité à 8 invitées. Il n'est pas demandé à l'invitée de venir au féminin si celle-ci ne se sent pas encore prête à cela. Un lieu pourra être mis à disposition pour permettre à celles qui le désirent de se changer sur place. Attention! Celles qui prendront ces soirées pour une occasion de venir faire les folles seront vite reconduites hors de chez nous sans ménagement. Enfin une participation forfaitaire de 5 euros sera demandée pour la participation aux frais du dîner.
Un détail: Jusqu'à présent, nous répondions poliment aux différentes demandes de conseils sur les poils incarnés, le cache-barbe, le maquillage qui coule, string ou culotte, etc... Ces personnes ne prenaient même pas la peine de se présenter. Agacées devant l'augmentation de ce genre de courriers, nous n'y répondrons même plus. Si votre transidentité se résume à cela, alors rassurez-vous, vous n'êtes pas un transgenre. Bien d'autres sites pourront bien mieux vous renseigner sur ce genres de futilités...
Vous pouvez nous joindre à notre adresse: fabienne-pascal-claire@orange.fr
A VOIR : LE MAG de France 3 Alsace du 21 juin 2009 a abordé des portraits croisés et sensibles sur les transsexuels. Nous y avons participé à notre modeste niveau. (click sur logo pour voir la video).
MERCI Anne-Sophie pour votre hommage magnifique "Votre livre m'a bouleversée et lorsque je l'ai refermé, je me suis sentie fière d'être une femme".
(click pour lien vers site de l'éditeur)
« Né en 1957, j'ai grandi, solitaire, aux côtés de mes 3 sœurs, avec le sentiment étrange de ne pas appartenir à mon sexe de naissance. Je me sentais différent des autres garçons. Effrayé par cette facette féminine qui m'a hanté inlassablement durant toute mon enfance, j'ai choisi d'intégrer l'Armée de l'Air pour tenter, en vain, durant six années, de me persuader que cette différence n'était que passagère, comme un gros rhume. Après ce long passage très masculin, et une formation d'ingénieur, j'ai pris de nouvelles fonctions techniques avant d'évoluer vers des postes de direction de filiales commerciales. Un mariage, un garçon et une vie amoureuse réussie ne réussirent pas à apaiser la souffrance de cet autre être qui étouffait en moi. C'est ainsi qu'un jour, Claire sortit de l'ombre dans la douleur. Ce fut ma seconde naissance. Étais-je 47,5% homme et 52,5% femme, ou peut-être 68,3% homme et 31,7% femme ? Je ne le saurai sans doute jamais, et je ne cherche plus à le savoir. Je suis transgenre, travesti ou transsexuel, donnez-moi le nom que vous voudrez, mais je vous souhaite à tous de connaître ce bonheur de se sentir 100% soi. Je suis ni masculin ni féminin, mais tout simplement moi. Je suis définitivement fier ou fière de ma différence car je l'ai acceptée comme une richesse. Il m'aura fallu cinquante années pour découvrir que le pire des regards est celui que l'on porte sur soi, et que le dialogue vers l'autre est le meilleur des remèdes. Nous avons tous à apprendre de l'autre. J'ai connu le chômage, le RMI, le divorce et je suis déjà mort deux fois, pourtant cette souffrance, malgré l'isolement qu'elle engendre, m'a rendu humain. Elle m'a appris à regarder le monde avec ma sensibilité écorchée et non pas avec le regard absent des gens heureux qui ne voient plus ceux qui les dérangent dans leur bonheur. J'ai écrit ce livre pour clore mon passé par le récit de cette enfance cachée et des premières amours d'un être qui se cherche dans sa dissemblance et dans sa quête de reconnaissance. J'ai écrit ce livre pour crier mon amour pour Fabienne, mon épouse, et montrer à ceux qui appréhendent notre monde masculin-féminin, que nous sommes des êtres faits de chair et de sang. J'ai écrit ce livre pour crier à qui veut l'entendre, la douleur de notre différence lorsqu'elle est vécue comme une anomalie. Elle n'est ni une maladie ni une tare, pourtant elle peut nous détruire de l'intérieur si la peur d'être jugé par notre entourage l'emporte sur notre droit à être soi. Notre vie nous appartient et personne n'est en droit de la vivre à notre place. Enfin, je voulais que ce livre soit un témoignage d'espoir pour celles et ceux qui désespèrent dans la solitude de leur différence. Je veux me battre contre les préjugés faciles, car je reste persuadé qu'aucune dissemblance n'est dangereuse pour les autres. Une différence heureuse offre bien plus de bonheur autour d'elle qu'une morale malheureuse. »
Merci à Isabelle du Québec pour son reportage réalisé à partir d'une synthèse de mes articles. Vous pouvez le consulter sur son site TVQ en un click sur la photo